30.01.2008

Joute oratoire pour poètes urbains

Mercredi 11 octobre, la Guinguette pirate accueillait différents slameurs pour un tournoi verbal.

« Les soirées slam, c’est sympa, mais les tournois, c’est encore mieux ». Tsunami MC, l’animateur de la soirée, donne le ton de cette compétition originale. Le slam, cette poésie moderne, dont les rythmes rappellent le rap, donne la possibilité à chacun de s’exprimer sur un thème qui lui tient à cœur. Sous la passerelle Simone de Beauvoir, sur la Seine, à bord de la Guinguette pirate, il y a foule. Sur cette jonque transformée en bar, on propose souvent des concerts. Mais ce soir, on célèbre la force des mots. Non celle des notes. Des guirlandes et des bouées décorent l’ensemble de la salle. La jonque tangue lorsqu’un bateau passe près d’elle. Les spectateurs et les candidats se disputent les places sur les bancs en bois, disposés comme dans une classe d’école. Les retardataires s’assoient sur les cales du bateau. A droite, on distingue les silhouettes des livres ouverts, symboles de la Bibliothèque Nationale de France. A gauche, les lumières de Paris se reflètent dans la Seine. Tournoi verbal. Tsunami MC rappelle que les participants viennent avec leur texte mais « sans accessoires, sans costume et sans accompagnement musical ». Trois minutes, chacun son tour, pour convaincre avec ses vers et ses verbes. Trois participants seulement iront en finale. Lot de consolation pour les autres : un verre gratuit au bar. Des membres du public, volontaires constituent le jury. « La star académy du slam », comme l’annonce Tsunami MC, peut débuter. Mélange des genres. Ce soir, c’est micro ouvert, alors tout le monde peut participer. Avec trente candidat, la soirée multiplie les accents et les thèmes. Une Japonaise lit avec difficultés son texte sur un séjour à Sarcelles. La scène offre un joyeux mélange de poètes expérimentés et débutants. Tous ou presque connaissent leur texte par cœur. Acteurs ou musiciens, ils déclament leurs oeuvres. Un adolescent hésitant passe après « Le Robert », un habitué déjà qualifié dans une autre équipe. La diversité des personnes se reflète dans la variété des sujets. « Tu arrives avec ce que tu as au fond du cœur » explique ptit Chris. Lui livre son plaisir à jouer avec les barrettes à cheveux de ses amies tandis que Grégoire livre son obsession pour le bouton sur le nez de Romane Bohringer. D’autres expriment des sentiments plus intimes comme la douleur de la féminité ou leur vision du couple. To, lui a choisi le « beat box », cette façon de faire de la musique avec sa bouche, pour rythmer son verbe.

 Au dessus des têtes, un grand écran projette le film des réactions du public en direct. Et ce soir il participe au spectacle. Dans un grand chapeau rouge, jaune et vert, digne d’un cirque, chaque candidat tire au sort le nom du prochain slameur. Certains crient « le chapeau ! le chapeau ! ». Beaucoup lancent des « ah ! » quand le jury se montre clément, des « oh ! » quand ils trouvent la notation sévère. Un spectateur s’écrie même « honte sur vous » au jury, injuste avec un slameur. Tous applaudissent les courageux qui expriment leurs émotions.

Poètes urbains. Pour ptit Chris, « Le slam, c’est trois minutes de liberté ». La première consiste à pouvoir avancer masqué vers la foule. Tsunami MC, Error, Vincent, et d’autres se sont choisis un nom de scène. « Le but, c’est de s’exprimer librement » explique Morgan. « Ces poètes urbains », comme les décrit Fabien, déclament leurs mots avec rimes et rythmes pour parler de ce qui les touche, les blesse et les enchante. Bissao ouvre le concours avec une description toute personnelle de cet art nouveau : « C’est comme aller au tableau quand on est à l ‘école/ on se fraie un chemin à travers la plèbe. »

A la fin de soirée, Tsunami MC, à force de chauffer la salle, commence à perdre sa voix. Vincent vient en renfort motiver les spectateurs fatigués. « C’est le bordel ce slam ! » lance en rigolant un habitué. Six des trente concurrents sont finalement retenus. Ils reviennent sur scène pour le deuxième tour, partager un nouveau texte avec le public. Beaucoup de slameurs déçus ont quitté les lieux. La salle, moins réactive, encourage les nouveaux talents de la scène parisienne. Sandra, Error et To sont déclarés vainqueurs de cette manche. Qualifiés ce soir, ils devront affronter les favoris des neuf autres équipes. Décalée, insolite, engagée ou romantique, la verve de ces poètes-musiciens résonne longtemps dans les têtes.

Les commentaires sont fermés.