30.01.2008

Le fabuleux destin de Joffrey Collignon

     
Cet adolescent venu de banlieue vient d’intégrer la nouvelle classe du lycée Henri IV, la Classe Préparatoire aux Etudes Supérieures .

 

    Joffrey Collignon incarne la nouvelle élite de la nation. Ce boursier de dix-huit ans a toujours vécu dans la banlieue est de Paris. Un père cheminot, une mère agent d’entretien, Joffrey est l’exception de la famille. Son père a arrêté ses études en troisième, « parce qu’il en avait marre » selon Joffrey. Sa mère, parce qu’elle était enceinte. Lui risque de côtoyer les bancs d’étudiants pendant encore de nombreuses années. Alors quand ses parents apprennent la nouvelle, des larmes accompagnent les félicitations : leur fils, déjà reçu au baccalauréat avec une mention Bien est admis dans le meilleur lycée parisien ! C’était le 4 juillet dernier. Joffrey avait passé la matinée à remplir des dossiers de candidature pour des classes préparatoires en banlieue, quand soudain, le proviseur du lycée Henri IV appelle : Joffrey est accepté dans la Classe Préparatoire aux Etudes Supérieures.

Dans cette classe préparatoire spéciale, créée en septembre dernier, des bacheliers reçoivent pendant un anun enseignement dense dans diverses disciplines, qui devrait leur permettre d’intégrer les meilleures classes préparatoires aux grandes écoles. Une expérience « pour ouvrir aux milieux modestes l’accès aux concours des grandes écoles » explique Joffrey. Trois conditions pour poser sa candidature : être boursier, un bon niveau scolaire, une forte motivation. Trente étudiants, venus de banlieues parisiennes, de la campagne et de la Réunion sont ainsi parachutés dans ce lycée particulièrement exigeant.

Début septembre, c’est le grand saut. Départ de Veneux-les-Sablons, terminus à la Cité universitaire. Très organisé et un rien anxieux, Joffrey est le premier à prendre possession du bâtiment réservé aux élèves de la classe. Il s’installe avec un étudiant réunionnais, qu’il avait contacté avant même la rentrée. Puis il accueille ses camarades. Très vite, il est choisi comme délégué. Joffrey prend son rôle très à cœur. « On est tous déboussolés à égalité » assure t-il. Mais lui a sans doute moins de raisons de se décourager que d’autres. Alors il tente de soutenir ceux qui baissent les bras. « Il est comme notre maman » explique sa camarade Aïssatou.

Joffrey ne cache pas son enthousiasme. Il apprécie la qualité de l’enseignement, de l’information et de l’ouverture culturelle à Henri IV. A présent, il jongle entre les conférences d’étudiants diplômés de Normale Sup, les visites au musée et les sorties au théâtre.
Avec un goût prononcé pour la lecture, une curiosité insatiable, Joffrey reste confiant pour la suite des évènements. Son ambition? Faire sa classe prépa à Henri IV puis réussie le concours d’entrée à Normale Sup pour faire de la recherche. Le premier mois fut un peu difficile. Il passe alors ses week-end à la Cité Universitaire, plongé dans Platon ou Bachelard. Ses parents s’en inquiètent. « Tu travailles trop, tu devrais penser à vivre » lui répète son père. Il a maintenant acquis un rythme de croisière qui lui permet de rentrer plus souvent chez lui. Il troque alors ses livres de philosophie contre des mangas et travaille son anglais avec les jeux vidéos.
Ce qui le choque à Henri IV ? Certaines collégiennes de 12 ans s’habillent en Vuitton. D’autres vivent dans d’immenses appartements avec vue sur la Tour Eiffel. Des collégiens voient d’un mauvais œil ces étudiants qui dénotent. Mais Joffrey s’insurge contre ce mépris d’enfants gâtés : « notre culture vaut la leur ». Pour lui, l’avantage de cette classe originale réside justement dans le mélange des cultures, des origines, des accents.

Joffrey se sent à l’aise dans son nouvel environnement. Pas facile pourtant de faire le grand écart : en semaine la culture élitiste, le week-end les copains qui ont arrêtés leurs études en troisième. Eux le regardent avec admiration. Certains lui disent en rigolant qu’il deviendra ministre. ais Joffrey n’a pas toujours été un modèle d’obéissance. En cinquième, il est collé pour avoir pulvérisé le casier d’un enseignant. Blouson noir, chemise blanche, basquets, Joffrey, mal rasé, ressemble à n’importe quel étudiant parisien. Avec une motivation exemplaire.

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