30.01.2008

Roger Narboni, concepteur lumière militant

Après la cathédrale de Reims, un quartier d’Athènes, un cinéma à Kaboul, ce génie de la lumière travaille sur l’illumination de Notre Dame de Paris 

    « Comme tous les parents juifs, les miens voulaient que je sois médecin ou avocat ».  Roger Narboni a choisi, lui, l’originalité. Après un détour par l’électronique et la peinture, sept années de voyage, il travaille depuis 1983 avec un matériau méconnu : la lumière. Le 20 octobre dernier, avec sa femme et ses deux enfants, il a inauguré une nouvelle mise en scène lumineuse de la cathédrale de Reims. Pour Noël, retour à paris,où il poursuit l’éclairage débuté en 2002 de Notre Dame.

Dans sa cuisine, cet artiste original, larges lunettes et barbe blanche, explique comment lui, le banlieusard apolitique, est devenu un patron d’une petite entreprise et un militant de la lumière. Né à Alger en 1953, ce fils de pied-noir arrive en France à 9 ans. Il vit à Bagneux. La cité, la violence et les tournantes, il connaît. Entre son père ouvrier et sa mère, femme au foyer, il sait que seules les études pourront l’aider à devenir quelqu’un. Débrouillard et brillant, cet enfant de la méritocratie touche à différents domaines avant d’arriver à la lumière. A 16 ans, un bac électronique en poche, Roger Narboni veut « devenir artiste ». Il choisit un double cursus original : une maîtrise d’électronique et les beaux-arts. Il y découvre « une autre planète ». Les étudiants vivent dans d’immenses appartements au cœur de Paris. Lui vole ses pinceaux et ses couleurs au BHV.
   

e1aa2bbdfac5f9cf38f492a056b6acea.jpgC’est à Bagneux, la ville où il a grandi, que Roger Narboni crée en 1988 son entreprise, Concepto. Avec cinq collaborateurs, il monte chaque année une quarantaine de projets. 20% seulement aboutissent. Sa dernière idée, une association humanitaire : « Lumière sans frontière ». Avec pour but d’ aider les victimes de part le monde à vivre dans un environnement lumineux agréable. Yémen, Afghanistan, Grèce : ce globe trotter sillonne la planète pour défendre sa vision de la lumière.

La lumière reste un domaine inexploré à l’université. Alors Roger Narboni essaye d’éduquer. Et il a de quoi faire. Il explique, dans des conférences et dans ses trois livres, l’importance de la lumière dans la vie des populations. Il combat nombre « d’idées reçues complètement fausses ». Pour certains, un bel éclairage serait réservé aux élites. Et pour les partisans du « tout- sécuritaire », plus il y a de lumière, moins il y a de violences. Ce cinquantenaire dynamique cherche à toucher un large public. Bien sûr, il y a ses élèves de l’école du paysage à Blois. Mais il travaille aussi avec des personnes de quartiers défavorisés, des enfants d’écoles maternelles ou des élus. En pleine nuit, il emmène des maires visiter leur ville pour étudier l’éclairage. Ce passionné met en lumière l’importance de cette dernière. Mais ce soir, en sortant du pavillon des Narboni à Clamart, je cherche mon chemin dans leur jardin. Dans le noir. 


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